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15 février 2008

Quel espoir pour les banlieues ?

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 LE MONDE | 14.02.08 | 14h36  •  Mis à jour le 14.02.08 | 14h36

Dans son discours du 8 février, lors de la présentation de sa politique pour les banlieues, Nicolas Sarkozy a commencé par faire un constat d'"échec" de toutes les politiques menées depuis vingt ans. Etes-vous d'accord avec ce jugement ?


Karim Zéribi : A mes yeux, on a trop l'habitude de dissocier la question des quartiers populaires de la réalité… 


…de notre pays. Quand ça ne va pas dans ces quartiers, c'est que cela ne va pas dans notre pays. Attachons-nous donc, autant que possible, à intégrer la question des quartiers populaires dans le droit commun à l'ensemble du pays et arrêtons de faire des dispositifs que, d'ailleurs, nous n'évaluons jamais. Je ne mets pas en cause la bonne volonté des ministres de la ville successifs, de droite comme de gauche. Ils ont eu envie d'apporter leur pierre à l'édifice.

Mais c'est un édifice que l'on démonte à chaque changement gouvernemental, sans continuité. Depuis vingt ans, chacun aborde les quartiers populaires par une fenêtre, sans vision transversale et globale : certains ont travaillé sur le bâti, d'autres sur le traitement social, puis sur les emplois jeunes, etc. Tant que nous n'aurons pas une mobilisation gouvernementale d'ensemble sur ces questions, on ne changera pas la donne, quelle que soit la bonne volonté indéniable de Fadela Amara.

Je suis très sceptique, car nous avons une posture, mais pas de recette, pas d'évaluation, pas de plan programmé dans le temps. Faisons une ville, et non pas plusieurs villes, un pays et non pas plusieurs pays, grâce à un plan global de rééquilibrage pour les gens en grande difficulté. Plutôt que de faire émerger une politique de la ville ou des quartiers, j'aurais préféré que l'on parle de la citoyenneté.

Karim Zéribi : La tournure de ce débat me dérange car, une fois de plus, on rentre par la porte sécuritaire pour parler des quartiers. Ce qui intéresse des jeunes qui ont bac + 5 et qui ont envoyé en vain. Qu'est-ce qu'on propose à des jeunes qui sortent de l'école... Qui ont bac + 5, qui envoient trois cents CV et qui ne trouvent pas de boulot. C'est pas la question de la police qui les intéresse. Qu'est-ce qu'on leur répond ? Ce qui les intéresse c'est de trouver leur place dans la société française...

Effectivement, au-delà de la sécurité, les deux axes de l'action gouvernementale sont l'emploi et l'éducation. Les mesures annoncées vous paraissent-elles à la hauteur de l'enjeu ?


Karim Zéribi :
On sent la volonté d'apporter des réponses. Mais je regrette le manque de prise en compte de la réalité économique de notre pays. Prenez la Fédération du transport logistique : elle va créer 70 000 emplois en 2008. Cette fédération est-elle partie prenante du dispositif ? Non. Même chose pour les métiers de l'industrie hôtelière, dont les offres d'emploi ne trouvent pas preneurs.

Mais il faut aussi faire évoluer les mentalités du monde économique. Elles ne sont pas assez mobilisées sur cette question, alors que le potentiel dans les quartiers est énorme de jeunes qui ont du talent, de l'énergie, mais qui sont souvent bloqués par une forme d'autocensure ou de fatalisme. Il faut donc dire aux entreprises : sur l'ensemble de vos embauches, vous devez recruter, chaque année, 20 % d'hommes et de femmes issus des quartiers. C'est ce que nous avons fait à la SNCF en 2007, avec 1 034 personnes issues des quartiers recrutées sur 5 000. Il faut mettre, aujourd'hui, des coups de pied dans la fourmilière de toutes ces DRH qui doivent s'engager concrètement à recruter des talents.


Karim Zéribi : Plus que déception, je dirais manque d'ambitions. Il y a des sujets majeurs dans la société française qui doivent nous permettre de dépasser le clivage droite-gauche. Or j'ai ressenti un discours trop électoraliste par moments, et qui générait la confusion alors que nous avons besoin de lisibilité et de clarté. Nous aurions dû établir un plan autour de ce triptyque clair : ambition, considération, confiance.

On manque d'ambitions parce qu'on est trop évasifs. Aujourd'hui, nous devons répondre à une problématique globale, de citoyens français à part entière et non entièrement à part. Qu'il soit Mohamed ou David, ce n'est pas le sujet ! C'est un sujet de pauvreté sociale dramatique. Nous n'avons dans le pays que 7 % d'enfants d'ouvriers qui accèdent aux grandes écoles. Il faut s'attaquer à ces grands chantiers pour résoudre la question des quartiers populaires. Mais ne donnons pas le sentiment de faire semblant et d'être dans des postures politiciennes ou électoralistes, car l'effet boomerang sera dramatique. Le fait que l'on ait donné à une secrétaire d'Etat un plan aussi important sur un enjeu national fondamental démontre le peu d'intérêt que l'on accorde à cette question. Si c'est tellement important, alors c'est un ministre d'Etat qu'il faut nommer. Cela veut dire qu'on amuse la galerie. Réinventer la ville, réinventer le vivre-ensemble, c'est une autre affaire !

Commentaires

Monsieur ZERIBI,
Je ne peux que partager ce que vous exposez avec beaucoup de clarté, oui c'est dans ce sens qu'il faut travailler et réfléchir,
cent fois oui, je ne développerai pas car je l'ai déjà fait sur le blog de soutien de Monsieur GUERINI
Bien à vous

MARSEILLE 2008 AVEC J.N. GUERINI

HAFIDA L.B.

Ecrit par : HAFIDA L.B. | 15 février 2008

Bonjour Karim,
Ce que vous expliquez illustre parfaitement une autre façon de penser l'avenir, ce que je partage tout à fait.
Vous dites:
" Il y a des sujets majeurs dans la société française qui doivent nous permettre de dépasser le clivage droite-gauche. "
C'est pour moi et pour beaucoup de Français le sentiment profond. Si vraiment nos politiques mettaient l'homme et la femme au centre de leurs préoccupations, ce clivage là n'aurait pas lieu d'être. Il ne faut pas être manichéens et les partis qui se succèdent ne doivent pas systématiquement faire table rase de ce que le parti opposé aura fait auparavant, c'est ce que vous expliquez très bien. Nécessité d'une vision large pour le meilleur auquel chacun a droit.
Bien cordialement.

Ecrit par : Liliane | 16 février 2008

Salut Karim,

Je suis absolument stupéfait par la justesse de vos propos qui sont véritablement choquant de vérité, moi qui ne me reconnaissait absolument plus dans ce partie désespérant qu'est le partie socialiste, je trouve en vous une nouvelle fierté de gauche a la fois démocrate et républicaine, vraiment continuez dans votre démarche que ce soit sur rmc ou sur nos ban lieux d'où je viens, je suis a fond derrière vous!

Salut à Jacques Maillot également svp

A bientot!

Cordialement,
KAMEL

Ecrit par : kamel | 16 février 2008

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